Gaza: A qui la faute?

Cette note m’a été inspirée par le vote de « Citizen » sur « Qui est selon vous le responsable des derniers événements qui ont eu lieu dans la Bande de Gaza ? »

Il est incontestable que aussi interne et palestino palestinien que ces évènements semblent être, la géopolitique de cette région dépassent et depuis belle lurette déjà les frontières de la Palestine pour s’inscrire dans l’international. C’est pourquoi la première démarche à suivre est d’appréhender ces évènements comme une succession d’attitudes qui obéit à une logique de réalisation d’ambitions et d’ojectifs ou de contrer une menace à des objectifs ambitionnés.

Pour pouvoir répondre à la question de savoir à qui incombe la responsabilité de cette crise dans la bande Gaza, il faut peut être  commencer par définir les partenaires de cette crise (internes et externes) et aussi l’intégrer dans une problématique de situation régionale et même de relations internationales.

Selon François Thual, Drecteur Adjoint de l’IRIS, lire une crise, je le cite: « implique un va et vient entre trois niveaux de causalités:

  • La situation: pourquoi, hier ou avant hier, telle action militaire ou diplomatique a été entreprise.
  • La conjoncture: identifier les motivations et les ambitions de chacun des partenaires de la crise.
  • La structure: mise en perspective de ces causes sur les longues durées de 10, 20 voire même 50 ans.

Mais la vraie réponse n’est décriptible que si l’on sait dépasser le discours officiel pour identifier les intentions réelles des acteurs internationaux.

4 Réponses à “Gaza: A qui la faute?”

  1. elgreco dit :

    Seul l’Etat d’Israël a le pouvoir et la possibilité de conjuguer et « d’imposer enfin la Paix » sur cette Terre de PAlestine.
    Un Etat palestien viable est l’assurance vie de l’Etat d’Israel!

    Ni l’Amérique, ni l’Europe ne peuvent décider-imposer cette PAix, mais le pouvoir politique (only!) d’Israël! Only!

    50 ans de guerre et de haine des deux côtés c’est peut-être suffisant! Une guerre entre un nain et un géant nucléaire!
    Conjuguons la Paix et la Tolérance!

    A quelque chose malheur est bon….cette dernière crise est une lucarne, une petite fenêtre vers la PAix.

    Si Isarël le DECIDE!!!

  2. zabadi dit :

    @ Gréco: la question me semble beaucoup plus complexe qu’une simple volonté d’Israel; les enjeux dépassent toutes les bonnes volontés des partisans de la Paix des deux côtés (Israeliens et arabes). Il y a trop trop de haches de guerre à enterrrer et cela ne fait pas l’affaire de ceux pour qui le maintien et l’entretien du conflit Israélo-arabe est une question de vie ou de mort d’empires politico-miltaro-fianciers où sont impliquées des parties de tous bords; Allah Iqadder elkhir.

  3. 123 dit :

    Puisque tu t’y interesses, jettes donc un oeil là-dessus, c’est pas du al jazeera, c’est un britannique qui fait ce constat . On ne pourra pas lui reprocher son objectivité au moins .

    Bienvenue en Palestine!

    Par Robert Fisk

    Ah ! Les Musulmans au Proche-Orient ! Comme ils peuvent être pénibles ! Pour commencer, nous exigeons des Palestiniens qu’ils épousent la démocratie. Mais eux, ensuite, ils élisent le mauvais parti – le Hamas – et après cela celui-ci remporte une mini guerre civile et préside sur la Bande de Gaza. Et nous, les Occidentaux, voulons toujours négocier avec le président discrédité [de l’Autorité Palestinienne], Mahmoud Abbas. La « Palestine » d’aujourd’hui – et laissons ses guillemets à leur place ! – a deux Premiers ministres. Bienvenue au Proche-Orient !

    Avec qui pouvons-nous négocier ? A qui nous adressons-nous ? Oui, bien sûr, nous aurions dû parler au Hamas depuis des mois. Mais nous n’aimions pas ce gouvernement démocratiquement élu par les Palestiniens. Ces Palestiniens qui étaient censés voter pour le Fatah et sa direction corrompue. Mais c’est pour le Hamas qu’ils ont voté. Le Hamas qui refuse de reconnaître Israël ou de respecter l’Accord d’Oslo totalement discrédité.

    Personne n’a demandé – dans notre camp – quel Israël particulier le Hamas était supposé reconnaître. Israël de 1948 ? Israël des frontières d’après 1697 ? Israël qui construit – et continue de construire – de vastes colonies pour les Juifs et seulement les Juifs sur la terre arabe, avalant encore plus des 22% de la « Palestine » qui restent à négocier ?

    Et c’est pourquoi, aujourd’hui, nous sommes censés discuter avec notre loyal policier, M. Abbas, le dirigeant palestinien « modéré ». (C’est ce qu’en disent la BBC, CNN et Fox News). Un homme qui a écrit un livre de 600 pages sur [le processus d’] Oslo sans mentionner une seule fois le mot « occupation ». Un homme qui a toujours parlé du « redéploiement » israélien plutôt que du « retrait ». Un « dirigeant » en qui nous pouvons avoir confiance parce qu’il porte une cravate, se rend à la Maison Blanche et dit toutes les choses qu’il faut dire. Ce n’est pas parce qu’ils voulaient une république islamique que les Palestiniens ont voté pour le Hamas – mais c’est ce qu’on dira après leur sanglante victoire -, Ils ont voté pour le Hamas parce qu’ils en avaient marre de la corruption du Fatah, le parti de M. Abbas, et de la nature pourrie de l’ « Autorité Palestinienne ».

    Je me souviens avoir été convoqué, il y a des années, chez un officiel de l’Autorité Palestinienne dont les murs venaient juste d’être crevés par l’obus d’un char israélien. Véridique. Mais ce qui me frappa, c’était les robinets plaqués-or dans sa salle de bain. Ce sont ces robinets – ou les choses de cet acabit – qui ont coûté au Fatah son élection. Les Palestiniens voulaient la fin de la corruption – le cancer du monde arabe – et c’est pourquoi ils ont voté pour le Hamas. Et alors, nous, l’Occident si sage et si bon, avons décidé de les sanctionner, de les affamer et de les maltraiter pour avoir voté librement. Peut-être devrions-nous offrir la qualité de membre de l’Union Européenne à la « Palestine » si elle avait la grâce de voter pour les bonnes personnes ?

    Au Proche-Orient, c’est partout la même chose.

    En Afghanistan, nous soutenons Hamid Karzai, même s’il garde des chefs de guerre et des barons de la drogue dans son gouvernement. (Et, soit dit en passant, nous sommes vraiment désolés pour tous ces civils afghans innocents que nous tuons dans notre « guerre contre la terreur » sur les terres abandonnées de la province du Helmand).

    Nous aimons l’Egyptien Hosni Moubarak. Ses tortionnaires n’en ont pas encore fini avec les politiciens des Frères Musulmans, arrêtés récemment à l’extérieur du Caire. Sa présidence a reçu le soutien chaleureux de Mme – oui, Mme – George W. Bush – et dont la succession passera presque certainement à son fils, Gamal.

    Nous adorons Muammar Kadhafi, le dictateur fou de la Libye. Ses loups-garous ont assassiné ses opposants à l’étranger. Son complot pour assassiner le Roi Abdallah d’Arabie Saoudite a précédé la récente visite de Tony Blair à Tripoli. Le colonel Kadhafi, devrait-on se souvenir, a été appelé « homme d’Etat » par Jack Straw pour avoir abandonné ses ambitions nucléaires qui n’existaient pas. Et sa « démocratie » nous est parfaitement acceptable parce qu’il est de notre côté dans la « guerre contre la terreur ».

    Oui, nous aimons la monarchie du Roi Abdallah en Jordanie et tous les princes et les émirs du Golfe, en particulier ceux qui reçoivent des pots-de-vin si gros de nos sociétés d’armement que même Scotland Yard doit clore ses investigations sur les ordres de notre Premier ministre – et oui, je peux très bien voir pourquoi il n’aime pas la manière dont The Independent couvre ce qu’il appelle de façon pittoresque le « Moyen-Orient ». Si seulement les Arabes – et les Iraniens – pouvaient soutenir nos rois, nos shahs et nos princes, dont les fils et les filles sont éduqués à Oxford et à Harvard, comme le « Moyen-Orient » serait plus facile à contrôler !

    Il s’agit bien de cela – du contrôle – et c’est pourquoi nous tenons bon et que nous retirons nos faveurs à leurs dirigeants. Maintenant que Gaza appartient au Hamas, que vont faire nos propres dirigeants élus ? Tous nos dogmatiques de l’UE, de l’ONU, de Washington et de Moscou doivent-ils désormais parler à ces gens misérables et ingrats (je crains que non, puisqu’ils ne seront pas capables de leur serrer la main) ou devront-ils reconnaître la version cisjordanienne de la Palestine (Abbas, la paire de bras sans danger), tout en ignorant le Hamas élu et militairement victorieux à Gaza ?

    C’est facile, bien sûr, d’appeler la malédiction sur chacune de leurs maisons. Mais c’est ce que nous disons de tout le Proche-Orient. Si seulement Bashar al-Assad n’était pas le Président de la Syrie (Dieu seul sait quelle serait l’alternative !) ou si le Président cinglé Mahmoud Ahmadinejad n’était pas aux manettes de l’Iran (même s’il ne sait qu’approximativement ce qu’est un missile nucléaire). Si seulement le Liban était une démocratie bien de chez nous comme nos petits pays de derrière les fagots – la Belgique, par exemple, ou le Luxembourg. Mais non ! Ces satanés Proche-Orientaux votent pour les mauvaises personnes, soutiennent les mauvaises personnes, ne se comportent pas comme nous, les Occidentaux civilisés.

    Alors, qu’allons-nous faire ? Soutenir la réoccupation de Gaza, peut-être ? Nous ne critiquerons certainement pas Israël. Et nous continuerons de donner notre affection aux rois et aux princes – et aux présidents disgracieux – du Proche-Orient, jusqu’à ce que toute la région nous pète à la figure. Et, ensuite, nous dirons – comme nous le disons déjà aux Irakiens – qu’ils ne méritent pas notre sacrifice et notre amour.

    Comment traitons-nous un coup d’Etat fait par un gouvernement élu ?

    (Source: The Independent, le 16 juin 2007)

    [article original : "Robert Fisk : Welcome to ’Palestine’"]

  4. zabadi dit :

    Robert Fisk est un journaliste connu pour son honnêteté intellectuelle et j’ai souvent lu ses écrits sur le site de géopolitique « Questions Critiques » et à mon tour je t’invite à découvrir cette analyse de la situation à Gaza, à travers cet article paru sur le site « Alternatives International » et à toi de juger de la qualité et de l’honnêteté journalistique de ces gens. Wahna wa3d rabbi a3lina!!!

    PALESTINE

    Qui est responsable de la catastrophe à Gaza ?

    jeudi 14 juin 2007 par Pierre BEAUDET

    Les forces armées de Hamas contrôlent maintenant l’essentiel de la bande de Gaza. En dépit de leur armement supérieur, les militaires associés au Fatah et au Président Abbas n’ont pu tenir le coup devant la détermination des combattants islamiques. C’est donc une nette victoire militaire pour Hamas. Rien n’est cependant joué. Le limogeage du gouvernement d’unité nationale par le Président Abbas laisse penser que les affrontements vont continuer. Chose certaine, les Palestiniens sont dans un gros trou noir.

    Une confrontation prévue et prévisible

    Depuis plusieurs mois, les deux principaux protagonistes n’ont cessé de se préparer à l’affrontement. Le Fatah s’est réarmé, en partie avec le soutien militaire américain. Les Israéliens pour leur part ont laissé entrer à Gaza plusieurs centaines de combattants des forces spéciales du Président. Hamas pour sa part a refusé tout compromis sur l’autonomie de ses troupes que le Président Abbas voulait intégrer dans une seule force militaire. En dépit des négociations de La Mecque et de la constitution d’un gouvernement d’unité nationale, ces préparatifs militaires se sont récemment accélérés. Du côté de Gaza, c’est l’homme fort du Fatah, Mohamed Dahlan, qui a orchestré les préparatifs. Dahlan, dont la réputation à Gaza est plutôt sulfureuse, a proposé au Président Abbas d’« éradiquer » Hamas, rien de moins. Il aurait dit à ses contacts américains et israéliens qu’il était en mesure de « nettoyer » la bande de Gaza en 24 heures.

    Le chaos

    Avant les derniers affrontements, Gaza est devenu une sorte de zone de non-droit. Des enlèvements, des attaques contre des domiciles et des commerces ont proliféré comme jamais auparavant. Selon l’avocat Raji Sourani, plusieurs de ces opérations remontent à des proches de Dahlan. L’idée étant de démontrer que Hamas n’était pas en mesure de gouverner le territoire. Les lancements de roquettes artisanales contre le territoire israélien auraient relevé de la même tactique. À plusieurs reprises, Hamas a tendu la main aux autorités israéliennes pour décréter un cessez-le-feu mutuel, mais à chaque fois que les négociations semblaient pouvoir déboucher, de nouveaux attentats ont paralysé le processus.

    Hamas realpolitik

    Depuis plusieurs mois en effet, Hamas a cherché à reprendre le processus de négociation. Il a carrément endossé la Déclaration des pays arabes dite de Beyrouth préconisant la reconnaissance d’Israël en échange de la libération des territoires occupés en 1967. Les dirigeants islamistes ont reconnu la nécessité de ce tournant pour permettre aux Palestiniens de respirer un peu, de remettre en place une administration fonctionnelle, de rebâtir l’économie, bref de permettre le redémarrage de la société, en échange d’en engagement à garantir la sécurité à l’État israélien. Du côté israélien, et notamment parmi les services de sécurité, cette ouverture a été prise au sérieux. Les responsables israéliens savent très bien que c’est la retenue de Hamas et non l’érection du Mur qui a permis la diminution des attentats en Israël.

    Les ambiguïtés du mouvement islamique

    Pourquoi alors cette orientation n’a pas fonctionné ? Il y a d’une part les secteurs ultra comme Mohamed Dahlan qui sont prêts à tout pour reprendre le pouvoir. Mais il y a aussi des ambiguïtés et des contradictions du côté de Hamas. En effet, le mouvement islamiste qui est devenu la force politique majoritaire dans les territoires occupés n’est pas encore suffisamment cohérent et inclusif pour réunir l’ensemble des Palestiniens comme l’avait fait l’OLP à l’époque de Yasser Arafat. Encore aujourd’hui, Hamas fait peur, notamment aux couches moyennes (intellectuels, enseignants, fonctionnaires) qui ne reconnaissent pas dans le discours islamiste ou dans ses pratiques autoritaires contre les femmes notamment. C’est différent cependant au niveau populaire où les pauvres, les déshérités et les réfugiés appuient Hamas comme l’antidote à la corruption et à la malgestion identifiées au Fatah, de même qu’un contrepoids nécessaire face à la tendance affichée par le Président Abbas à des compromis qui remettent en question les droits palestiniens.

    Qui sème le vent …

    La crise actuelle n’aurait jamais pris l’ampleur que l’on connaît si elle n’avait été sciemment entretenue par Tel-Aviv et Washington. En plus de participer au réarmement de groupes palestiniens, Washington a imposé avec la connivence de la majorité des pays occidentaux le boycottage du gouvernement palestinien dès l’élection de Hamas en janvier 2006, ce qui avait comme objectif explicite le renversement de ce gouvernement. Résultat prévisible, l’infrastructure palestinienne a été pratiquement anéantie, suscitant un désordre immense et surtout la misère. Dans l’optique de Washington malheureusement, il fallait punir la société palestinienne pour avoir majoritairement voté du « mauvais bord » et la forcer à se révolter contre ses dirigeants démocratiquement choisis. Les néoconservateurs qui dominent encore Washington ont une vision extrémiste. Ils voudraient briser le nationalisme palestinien et obliger les leaders de devenir les gérants d’une occupation non seulement illégale mais qui sape les fondements de la société palestinienne. La stratégie de manière similaire à ce qui se passe en Irak est d’alimenter la crise, le chaos et les violences. Cependant, cette politique est très dangereuse, car cette « gestion du chaos » peut mal tourner, comme on le voit trop bien dans toute la région.

    Les Palestiniens en otages

    Il se peut qu’Hamas complète sa « victoire » à Gaza. Les intégristes sont supérieurs militairement et leur base populaire est plus stable. Mais qu’arrivera-t-il par la suite ? Les « pessimistes » pensent que cela permettra aux Israéliens de consolider leur encerclement total de Gaza tout en accélérant la colonisation et le démembrement de la Cisjordanie. Les « optimistes » estiment qu’Israël n’aura pas le choix que de négocier avec Hamas pour éviter un embrasement généralisé, en sachant que Hamas a la capacité d’imposer un réel cessez-le-feu. En attendant, quatre millions de personnes sont prises en otages. Alors que les rumeurs de guerre s’accentuent au Liban, en Irak, voire en Iran, tout peut glisser, même la nucléarisation du conflit, comme cela est sérieusement discuté parmi les stratèges américains.

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